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QUEENWORLD.FR

INTERVIEW DE BRIAN MAY PAR LE MAGAZINE UNCUT (2005).

17 Juin 2010, 09:56am

Publié par ANTHEVA

Rock-my-world.fr

 

 

UNCUT: Comment pourriez-vous décrire les réactions à la nouvelle que Queen va de nouveau partir en tournée?

MAY: Je pense que la plupart des gens ont été stupéfaits d'apprendre cette nouvelle. Lorsque j'arrête de penser à çà, je suis stupéfait. C'est étrange pour moi. Au fur et à mesure que la tournée approche, je me sens comme si mon corps et mon âme avaient été renversés sens dessus-dessous. La dernière fois que nous sommes partis sous la bannière Queen était en 1986. J'ai tourné depuis en solo. Mais je me rends compte maintenant que cette énorme machine va s'emballer à nouveau. C'est un peu plus excitant qu'effrayant cependant.

Pourquoi Paul Rodgers?

Pendant des années, je ne voyais pas pourquoi reformer Queen à nouveau. Je ne pouvais pas l'imaginer. Puis nous avons interprété quelques chansons avec Paul et ce fut comme une porte ouverte dans mon esprit. Il m'est soudain apparu que nous pourrions faire quelque chose qui apporterait aux gens un petit peu de ce qu'ils espèrent mais nous conduirait aussi dans une nouvelle direction. Je commence à me demander pourquoi nous n'y avons pas pensé plus tôt.

Est-ce que vous vous attendez à être descendus en flèche?

Bien sûr! J'ai passé pratiquement toute ma vie sous les feux de tirs groupés. Pour autant que je sache, cela ne regarde personne à part nous. Si vous pensez que vous allez nous détester, eh bien ne venez pas.

Lorsque Queen a débuté, vous souvenez-vous avoir pris la décision consciente que tout devait être très, très, très, très grand?

Nous étions conscients que ce que nous voulions c'était maximiser ce que nous faisions. Nous voulions être l'accomplissement total du genre de groupe que nous désirions voir sur scène. Nous avions vu des groupes tels The Beatles ou The Who, compris à quel point ils étaient sensationnels, et réalisé que nous désirions produire ce degré d'enthousiasme et créer ce genre de rêve plus tard. C'était là depuis le début, mais nous avons mis du temps à nous trouver et nous réaliser dans quelque chose qui nous convenait. Notre but était d'être prêts lorsque l'opportunité se présenterait et d'avoir alors quelque chose d'unique et de spécial. Nous avons toujours eu cette arrogance à notre sujet.

Etes-vous d'accord avec Freddie lorsqu'il disait que Queen avait davantage en commun avec Liza Minelli qu'avec Led Zep?

Nous étions un mélange de ces deux genres. Nous avons adopté les valeurs de groupes comme Free. Ils avaient une énorme influence sur nous. Mais la manière dont nous nous présentions était bien différente. Je ne crois pas que c'était nécessairement très 'showbiz'. Mais nous avions recours à tous les dispositifs, gadgets possibles pour voir le public s'exclamer 'wow!' Nous utilisions des costumes, des jeux de lumière, tous les effets théâtraux qui nous passaient à l'esprit. Nous voulions que le public assiste à un divertissement complet. Nous désirions que le public soit époustouflé à la fin d'un concert de Queen. Nous ressentions le besoin d'éblouir le public et de les stupéfier jusqu'à la limite du possible. En même temps, on devait le ressentir comme une célébration.

Est-ce que 'Bohemian Rhapsody' a tout changé?

Pour être tout à fait honnête, 'Bo Rhap' n'avait pas cette importance pour nous. C'était un moment capital pour nous. Mais c'était un parmi beaucoup, beaucoup d'autres moments capitaux. Avec chaque album est apparu un nouveau domaine, un nouveau champ d'activités, un nouvelle manière de penser. Nous avions besoin que tous les albums soient innovants. Lorsqu'on s'asseyait pour commencer à travailler sur un album, la première chose que l'on faisait était de tout séparer en petits bouts. Puis, nous nous réunissions le tout d'une autre façon. 'Bo Rhap' était simplement une des choses qui est sortie de cette façon de faire.

Lorsque vous entendez que 'Bohemian Rhapsody' a été encore élue 'Meilleur Single de Tous les Temps', n'êtes-vous pas tenté de dire: 'Vraiment, il y a des tonnes de chansons meilleures que celle-ci?"

Pour être tout à fait honnête, je ne crois pas qu'il y ait de chanson meilleure que celle-ci. Je ne peux certainement pas vous en citer une autre. Même les Stones... je ne pense pas qu'ils aient fait quoi que ce soit qui puisse concurencer 'Bo Rhap'. Cela dit, je dois admettre que The Who était un meilleur groupe que Queen.

Savez-vous de quoi parle 'Bohemian Rhapsody'?

Je pense savoir ce que Freddie essayait de dire dans son texte. Mais chacun semble avoir sa propre idée à ce sujet. Pour moi, c'est sa vraie beauté. Ce n'est pas que j'essaye de préserver le mystère. Le mystère se préserve bien lui-même quoi que je puisse dire. C'était le bébé de Freddie. Il ne l'a jamais expliqué, et je crois qu'il avait raison de faire ainsi.

Une fois Freddie a dit que toutes les chansons de Queen étaient dénuées de sens à part peut-être quelques-unes des vôtres.

Eh bien, Freddie avait une charmante manière de n'accorder aucune valeur à quoi que ce soit. Il avait même dit que Queen était totalement jetable. Mais je ne suis pas sûr qu'il voulait dire cela. Quant à ce qui concerne nos chansons, je ne pense pas qu'elles étaient énigmatiques ou dénuées de sens. Queen n'a jamais été énigmatique. Nous étions toujours totalement direct et clair à propos de tout. En ce qui concerne le fait d'être dénué de sens, je ne suis pas sûr que les chansons aient besoin d'avoir un sens. Elles ne sont pas comparables à des textes de prose. Les meilleures chansons s'adressent directement aux émotions et je ne pense pas que ce qu'elles sont supposées vouloir dire soit important.

Est-ce que parfois les gens ne comprenaient pas l'humour de Queen?

Certaines personnes ne le comprenaient pas. Tout spécialement la presse qui semblait vouloir à tout prix nous faire des remarques désobligeantes. Et cela continue encore. Alors je ne fus pas le moins du monde surpris qu'avant même d'avoir joué une seule note avec Paul Rodgers les gens nous disent que l'on ne devrait pas le faire. Je suppose que Queen est le genre de groupe que les gens adorent ou détestent. Personne n'a jamais dit: 'Queen sont OK'. C'est peut-être une bonne chose.

Pourquoi pensez-vous que Queen ai survécu au mouvement punk alors que tant d'autres groupes furent mis de côtés et s'en remirent jamais?

Je ne pense pas que nous ayons jamais été attirés par les phénomènes de mode et le mouvement punk me semblait un phénomène de mode. Une de nos plus grandes forces était que l'on était international. Même si les punk nous avaient rendus démodés pendant six mois, cela n'aurait pas eu d'importance car nous avions le reste du monde. Aussi, nous nous sommes jamais sentis menacés par cela. Si en quelque part, il a eu une petite influence sur nous par le fait qu'après avoir fait l'expérimence d'arrangements très complexes sur A Night At The Opera et A Day At The Races, nous sommes revenus à des choses plus proches de nos racines avec News Of The World.

On doit bien le dire, Queen savait comment faire la fête.

Nous aimions la fête, oui. Puisque en ce qui concerne ce qui se passait durant ces fêtes, notre ligne de conduite était que beaucoup de choses excessives pouvaient avoir eu lieu mais nous ne les voyions pas. Le principe avec Queen est que nous savions quand travailler et quand nous distraire. La vie sur la route était assez prenante. Pour avoir été ce que nous étions, nous devions le vivre à l'extrême. Nous n'aurions jamais pu être un groupe de rock'n'roll du dimanche. Cela doit être une vie à plein temps. Et oui, je fais mienne la théorie que nous étions organisés dans nos excès.

Est-ce que vous avez perdu le contrôle des choses dans le début des années 80?

Nous sommes partis pour Munich pour nous isoler de la vie normale afin de nous concentrer sur la musique, et nous avons tous fini dans un endroit qui était assez malsain. Une période difficile. Nous ne nous rassemblions plus. Nous avions tous des emplois du temps très différents. C'était une période très difficile pour moi personnellement. Quelques moments sombres. Mais ce n'est seulement qu'après Queen que les choses se sont aggravées pour moi. Mais je ne veux pas parler de çà...

'Fat Bottomed Girls' et 'We Will Rock You' sont deux de vos compositions. Quelles sont les idées qui vont conduit à les écrire?

Avec 'Fat Bottomed Girls', j'ai essayé de décrire ce que je ressentais en étant sur la route. Bon titre, aussi, à mon avis. Pour 'We Will Rock You', l'inspiration m'est venu au beau milieu de la nuit. Je voulais écrire une chanson où le public pourrait participer. Mais le sujet du texte sont les différentes périodes de la vie d'un homme et de l'inutilité extrême de la violence.

Avez-vous déjà entendu une chanson de Queen à la radio et immédiatement pensé: ' Mon Dieu! Pas moyen d'y échapper!'?

Honnêtement, non. Vous n'en n'avez jamais assez d'entendre l'une de vos chansons à la radio. C'est toujours excitant. A l'occasion, ce serait même bien de ne pas être moi pour un moment. Non pas qu'il y ait quelqu'un d'autre que j'aimerais être. Mais il y arrive des moments comme çà où je préférerais ne pas être Brian May la Rock Star. Ce serait très rafraichissant.

Pendant la préparation du Live Aid, aviez-vous conscience de l'importance qu'aurait cet évènement pour Queen?

A la base, j'ai pris Bob Geldof au pied de la lettre. Il m'avait dit: "Vous êtes le plus grand groupe au monde. Nous avons besoin de vous sur l'affiche car nous avons besoin de vendre ce show dans le monde entier. C'est un jukeboxe mondial alors allez-y et jouez-leur tous vos hits." Alors, tout ce que nous avons fait c'est y aller et donner aux gens ce qu'ils voulaient entendre. Comparé aux autres artistes, nous avions un avantage sans conteste car nous avions l'habitude de jouer dans les stades de football tout autour du monde.

Seriez-vous d'accord pour dire qu'après Live Aid, le reste de la carrière de Queen fut décevante?

Non, pas du tout. Ce que je veux dire, c'est qu'un an après Live Aid, nous avons rempli, nous-mêmes, le stade de Wembley durant la plus grande tournée de notre carrière. Et alors ensuite nous avons terminé par une soirée à Knebworth qui fut un record d'affluence. Nous avons connu nos points les plus hauts après Live Aid, et en regardant en arrière, je suis content que l'on ait arrêté lorsqu'on était au sommet.

Aucun regret de vous être habillé en pingouin pour les besoins de la vidéo 'I'm Going Slightly Mad' ou en femme d'intérieur pour 'I Want To Break Free'?

Absolument pas. Mon attitude a toujours été 'OK! allons-y'. Nous n'avions pas peur de prendre de nouvelles voies. L'idée de nous travestir en drag pour 'I Want To Break Free' venait de la compagne de Roger. J'ai pensé que c'était une idée fantastique, même si cela nous a causé un tort inestimable aux USA. Il y avaient beaucoup d'endroits dansle monde qui ne supportaient pas de voir Queen en travestis. Le costume de pingouin, çà c'était un autre genre d'histoire. Mais tout çà était bien amusant pour moi.

Jusqu'à quel point c'était difficile de faire vos derniers enregistrements alors que la santé de Freddie se détériorait?

Pour nous,le studio était toujours un bon moyen de fuir les inquiétudes et le spréoccupations de la vie réelle. Parce que vous y rentrez et vous vous retrouvez complétement immergés dans la musique. C'était toujours une grande joie d'être avec Freddie en studio. Toujours plein d'idées. Et cela a continué jusqu'à la fin. Pour lui, c'était le grand sens de sa vie. Aussi, ces derniers enregistrements ne furent pas pénibles. C'était carrément le contraire.

Est-ce que vous avez perdu le contrôle des choses dans le début des années 90?

Queen était un tel environnement étonnamment chargé. Lorsque tout cela s'arrêta, c'est devenu impossible pour moi. Quand j'y repense, j'étais affligé. Pour Freddie principalement. Mais aussi à cause de la fin du groupe et de la fin de mon mariage. J'ai fait des choses en solo, mais je n'arrivais pas à me détacher de Queen. J'ai essayé très fort de m'en échapper. Alors j'ai réalisé que m'enfuir était inutile. Pourquoi devrais-je me battre contre la chose la plus importante que j'ai travaillé si durement à bâtir toutes ces années durant? Pourquoi ne pouvais-je pas être fier de cela? Alors j'ai décidé d'arrêter de fuir. Puis je suis arrivé au point où j'ai réalisé l'importance de reprendre la route avec Queen.

Ce sera toujours du Queen?

Ce ne sera pas la même chose que l'on avait l'habitude de voir, çà c'est sûr. Cela doit être différent, et c'est le fait que ce sera quelque chose de différent qui est en partie la raison pour laquelle je le fais. Si jamais j'avais pensé que ce serait comme un groupe d'hommage à Queen, je ne m'en serais pas occupé. J'ai un bon sentiment que c'est le bon moment de le faire et cela doit être. Est-ce que cela ne sera pas bien? Je crois que ce sera absolument merveilleux.

INTERVIEW: JON WILDE

UNCUT MAGAZINE - MARS 2005

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