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QUEENWORLD.FR

LAURENT LAVIGE - FREDDIE MERCURY: LE FLAMBOYANT

30 Décembre 2010, 08:12am

Publié par ANTHEVA

www.rock-my-world.fr

 

Laurent Lavige est producteur, animateur radio et l'une des voix de la radio France-Inter. Il fut également rédacteur en chef « musique » pour le magazine musical féminin Diva et fut directeur de collection aux éditions Librio musique.

Il est aussi l'auteur de quelques livres dont « On Air », racontant quelques-unes de ses interviews à travers la planète, « Tendance Rasta » sur le mouvement rastafari, ainsi que "Michael For ever" et "Alain Bashung".

Il nous livre ici, une escapade initiatique en Angleterre, sur les traces de Freddie Mercury.

 

Freddie Mercury, Le flamboyant

Publié le 21 décembre 2010 par Laurent Lavige.

 

Pour se rendre au cimetière de Kensal Green, il faut s’armer de patience. Sortir du centre de Londres n’est pas une mince affaire. Plutôt que de passer par Victoria et descendre légèrement en longeant Hyde Park, le chauffeur indien a décidé de traverser le quartier de Chelsea pour soi-disant remonter au niveau de Fulham en direction du Shepherd’s Bush puis prendre à l’Est pour s’arrêter enfin à Kessington.

Nous sommes coincés depuis plus d’une heure à la sortie de Chelsea. Il faut dire je n’ai jamais vu autant de circulation que depuis ce 27 novembre 1991. Ce jour-là, les londoniens s’étaient tous donnés rendez-vous pour accompagner en silence sous la pluie la dépouille de Freddie Mercury.

J’observe en attendant, le grand stade de Stamford Bridge, la photo gigantesque de Didier Drogba et tapote sur ce bouquin qui m’accompagne depuis deux jours. L’histoire de ce jeune Flamboyant. J’aime appeler Freddie comme cela : « Le flamboyant ». Hier, je suis allé me recueillir devant la plaque en bronze à l’entrée du Ealing Art Collège de Londres, car il fut l’un des illustres anciens élèves du collège. Cette plaque à l’entrée pour célébrer la grandeur du flamboyant.

Quel parcours romanesque pour le jeune Farrokh Bulsara.

Son nom sonne comme le héros de Slumdog Millionnaire, le film de Dany Boyle. Farrohk est notre héros cette nuit. Il est né en 1946 dans le protectorat britannique de Zanzibar, et à l’âge de sept, ses parents l’envoient poursuivre ses études auprès de sa grand-mère en Inde. Une déchirure pour le jeune garçon qui recevra son éducation sans parent dans la pension Saint-Peter à Panchgani, dans la région de Bombay.

Au vu de ses excellents résultats scolaires en général et en musique en particulier, le principal écrit au parent et leur conseille que ces derniers paient des études de musique à leur enfant en sus des cours traditionnels. Entre piano et choral, le jeune garçon trouve son équilibre. Ce qui est très étonnant, c’est sa progression fulgurante au piano. Il atteint un très haut niveau d’étude et de maîtrise en très peu de temps. Il aime écouter les sons de la rue. Les parfums qui jaillissent de la rivière et des collines sont autant d’émotions qui se télescopent avec les notes de musique.

C’est au moment de créer son premier groupe The Hectics qu’il va user de son pseudonyme « Freddie ». À la fin des années 50, Freddie est le pianiste de sa nouvelle formation de Rock. Il est fier Freddie de reprendre le soi-disant rock qu’il entend en Inde ; Il a alors 12 ans.

Parcours romanesque de Farrokh, qui se fait appeler depuis ses douze ans Freddie. Même de retour à Zanzibar, il impose en douceur son nouveau prénom et ses parents semblent accepter. Mais la famille Bulsara doit quitter le pays du jour au lendemain suite au renversement du 12 janvier 1964 du Sultan de Zanzibar et de son gouvernement constitué en majorité de citoyens d’origines arabes par des révolutionnaires Africains. Ce drame est un point central dans la carrière du Flamboyant.

Pour la première fois la famille débarque à Feltham près de l’aéroport d’Heathrow, pour ensuite s’installer dans une petite maison familiale. Les Bulsara ne sont pas sans le sou. Aussi, Freddie, étudiant modèle et attiré de plus en plus par l’Art s’inscrit en Prépa à l’école Polytechnique d’Isleworth. Et puis un jour, c’est la claque, comme un déclic !

J’en oublie presque ce foutu taxi et cet embouteillage monstre.

Je suis à Chelsea car comme tous les ans, fin novembre, je me rends au cimetière pour saluer la mémoire de Freddie Mercury. Ça ne dérange personne, j’ai tout mon temps. J’en profite pour me refaire son parcours jusqu’à ses dernières minutes de vie.

Je me souviens que 24 heures avant sa mort, Freddie décide d’annoncer sa maladie.

Son médecin personnel, Gordon Atkinson, va à la rencontre des journalistes massés devant la maison de Kensington et lit un texte très sobre dicté par un Mercury alité et mourant :

«Suite aux énormes conjectures parues dans la presse ces deux dernières semaines, je souhaite confirmer que j’ai été testé positif au VIH et que je suis atteint du sida. J’ai jugé correct de garder secrète cette information jusqu’à ce jour afin de préserver la vie privée de mon entourage. Cependant, l’heure est venue pour mes amis et fans de par le monde de savoir la vérité et j’espère que tout le monde se joindra à mes médecins et leurs collègues du monde entier dans leur combat contre cette terrible maladie. Ma vie privée a toujours été très importante à mes yeux et je suis connu pour ne donner que rarement des interviews. Comprenez, s’il vous plaît, que cette politique est encore à l’ordre du jour». Je trouve que cette anecdote de fin de vie est absolument romanesque, pathétique et triste à la fois. Même au bord du grand précipice, il fut obligé de composer avec sa vie publique plutôt que privé. C’est beau et pathétique à la fois

Ce qui est hallucinant au cimetière de Kensal Green, et qui est inimaginable au cimetière du Père-Lachaise par exemple, c’est de trouver des stands de vente autour de la chapelle, dans l’enceinte même. Boisson, confiture, biscuit, objets souvenir en forme de cercueil sont en vente sans que cela puisse paraître déplacé. Il y a même un stand où l’on peu acheter un cercueil personnalisé, customé. Les visiteurs y improvisent des pique-niques entre les tombes pendant qu’un clown occupe les enfants.

Des guides vous proposent une visite entre les tombes et des catacombes. Une sorte de Disney Land mortuaire, mais dans un esprit bon enfant. En Angleterre, ils n’ont pas la même perception des cimetières que nous.

De quoi étions-nous en train de penser ?

Ah oui ! de la claque comme un déclic en découvrant Jimi Hendrix. Freddie dira d’ailleurs d’Hendrix : « Jimi Hendrix est très important. D’une certaine façon, il résume, de par ses représentations sur scène, tous les aspects du travail d’une rock star. On ne peut le comparer à personne. Soit on a la magie, soit on ne l’a pas. Personne ne peut l’égaler. Personne ne peut prendre sa place ».

Et puis, ce sont les Beatles. Entre les quatre beaux gosses, le jeune artiste en devenir ne sait plus où donner de la tête. Il découvre également une artiste qui aura beaucoup d’influence. Elle s’appelle Lisa Minelli. Son énergie scénique l’impressionne au plus haut point. Mais c’est surtout et avant tout Elvis, le beau, le grand, le King. Il lui rendra hommage quelques années plus tard à travers l’un de ses grands succès.

Je me souviens avoir passer un peu de temps avec Brian May, le guitariste du flamboyant. C’était en 1997. Nous étions en transit à l’aéroport de Vienne. Lui rejoignait Londres et moi Pékin. Nous ne nous étions pas revus depuis cette triste journée au cimetière de Kensal Green. Nous avons parlé de tout et de rien. De sa carrière solo, des autres, de la musique, des voyages…Puis au moment de nous quitter, Brian m’a lancé :

« Tu sais ce qui est le plus triste de tout dans cette histoire ?, c’est que nous avons été prévenu quasiment en même temps que le grand public, nous ses pôtes. Quand on a enregistré Inuendo, je sentais bien qu’il s’effondrait de jour en jour. Il parlait de pneumonie et d’allergie. On se refusait la vérité. Je lui en ai beaucoup voulu après sa mort tu sais ? »

Brian se retourne puis disparait dans les couloirs de l’aéroport autrichien. Un peu comme Freddie « le Flamboyant » juste avant de nous claquer la porte de la vie au nez.

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