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Queenworld.fr

L'anecdote méconnue : quand Chris Rea inspire malgré lui l'intro d'un classique de Queen

3 Juin 2026, 10:28am

Publié par RTBF.be

L'anecdote méconnue : quand Chris Rea inspire malgré lui l'intro d'un classique de Queen

En 1986, Queen publie A Kind of Magic, un douzième album studio synonyme de véritable résurrection pour la formation britannique. Porté par l'énergie du septième art, le groupe transcende une simple commande pour signer un classique absolu de l'histoire du rock. Une histoire à découvrir en podcast dans Soundtrack avec Laurent Debeuf et Laurent Rieppi.

L'anecdote méconnue : quand Chris Rea inspire malgré lui l'intro d'un classique de Queen

Avant de donner naissance à ce chef-d'œuvre, Queen traverse un moment particulièrement délicat de sa carrière. Les quatre musiciens sont alors essoufflés par les tournées incessantes, dispersés par des projets en solo, et font face à une baisse de popularité significative aux États-Unis.

Mais le point de bascule absolu survient en juillet 1985, lors du mythique concert Live Aid. Cette performance historique agit comme une véritable décharge électrique, notamment pour le guitariste Brian May, qui se retrouve reboosté par cet immense triomphe. Le groupe réalise soudain qu'il est encore intensément désiré par son public. Ce regain d'énergie va tout métamorphoser pour la suite de leur aventur

L'anecdote méconnue : quand Chris Rea inspire malgré lui l'intro d'un classique de Queen

C'est précisément dans cette dynamique retrouvée que surgit une proposition du réalisateur Russell Mulcahy pour son film Highlander. Au départ, le groupe n'est sollicité que pour concevoir quelques titres isolés. Cependant, après avoir découvert les premières images du long-métrage, leur inspiration s'avère si débordante qu'ils décident de transformer cette commande en un véritable nouvel album de Queen. Le réalisateur résumera d'ailleurs joliment la situation en déclarant que "le film avait besoin de leur énergie".

Pour autant, il ne s’agit pas d’une bande originale habituelle composée de morceaux d'ambiance purement instrumentaux. Le batteur Roger Taylor insistera sur le fait que, si les titres sont bel et bien utilisés à l'écran, A Kind of Magic demeure un album de Queen à part entière. Le bassiste John Deacon expliquait de son côté qu'un immense travail de réarrangement avait été fourni pour que les pistes sonnent comme des morceaux autonomes et non comme de la simple musique d'illustration.

C'est ainsi que naît le morceau-titre "A Kind of Magic", devenu un hit planétaire et un classique incontournable des concerts de la tournée, qui passera notamment par le stade de Wembley pour des shows entrés dans la légende.

L'anecdote méconnue : quand Chris Rea inspire malgré lui l'intro d'un classique de Queen

Pourtant, à l'origine, ce classique absolu qu'est "A Kind of Magic" n'avait pas du tout cette couleur pop, fluide et accessible. Roger Taylor, le compositeur initial du titre, l'avait imaginé comme une pièce filmique lourde, sombre et lugubre, spécialement taillée pour accompagner le générique de fin d’Highlander. C'est Freddie Mercury, croyant dur comme fer au potentiel commercial du morceau, qui l'a entièrement réarrangé en y ajoutant sa ligne de basse et ses riffs caractéristiques.

Les sessions d'enregistrement de l'album regorgent d'anecdotes mémorables en coulisses. Freddie Mercury excellait dans l'art de pousser les techniciens et ingénieurs du son dans leurs derniers retranchements. Lors du mixage, il exige ainsi un effet stéréo bien particulier du producteur David Richards, lui lançant cette consigne improbable :

Je veux entendre un troupeau de gnous se balancer de gauche à droite 

Autre secret de fabrication caché dans l'introduction du morceau : le claquement de doigts iconique qui ouvre la piste n'appartient à aucun membre de Queen! Il s'agit en réalité d'un échantillon sonore chipé à Chris Rea, qui enregistrait dans le même studio et dont la puissance des claquements de mains était célèbre.

Derrière cette exigence de diva se cachait pourtant la sensibilité extrême d'un chanteur hors norme. Car derrière la bête de scène indomptable subsistaient d'immenses doutes. Une heure à peine avant de monter sur scène devant 20 000 personnes, Freddie Mercury faisait régulièrement des crises mémorables dans sa loge, hurlant : "Je ne peux pas le faire ! Ma voix est foutue !". Face à lui, son tour manager Gerry Stickells restait imperturbable, se contentant de lui rappeler calmement que le public avait payé pour venir le voir. Instantanément, le chanteur retrouvait tout son professionnalisme et entrait dans l'arène.

L'anecdote méconnue : quand Chris Rea inspire malgré lui l'intro d'un classique de Queen

L'album brille également par la composition de Brian May, "Who Wants To Live Forever". Un morceau dont la genèse est née d'un pur moment d'émotion : le guitariste en écrit les bases dans sa voiture, immédiatement après avoir visionné les vingt premières minutes de rushes du film Highlander. Il avait été profondément bouleversé par la scène de la mort du personnage de Heather dans les bras de son époux condamné à l'immortalité.

Musicalement, ce titre bouscule les codes habituels de la formation. Pendant des années, Brian May se refusait catégoriquement à utiliser des synthétiseurs, préférant superposer les couches de sa guitare fétiche, la Red Special, pour imiter des harmonies complexes et des effets orchestraux. Mais pour cette complainte, le groupe va déployer sa puissance symphonique maximale en faisant appel au National Philharmonic Orchestra et à quarante choristes, créant une atmosphère de tragédie intemporelle.

Cet album marque enfin le sommet de leur impact visuel à travers des clips qui ont marqué l'histoire de la vidéo. Impossible de ne pas évoquer le duel au sommet mis en scène pour le clip de "Princes of the Universe". L'acteur Christopher Lambert y reprend son rôle de MacLeod pour un face-à-face épique avec Freddie Mercury. Le Highlander y manie son épée d'immortel tandis que Freddie n'a pour seule arme que son fameux pied de micro télescopique. Ce morceau sans fioritures offre une démonstration de force rock, renouant avec l'ADN le plus sauvage du groupe, rappelant par moments les productions hard rock de leurs trois premiers albums.

Quarante ans plus tard, A Kind of Magic reste le symbole ultime d'une cohésion retrouvée pour les quatre membres de Queen. Le titre "One Vision" est d'ailleurs historiquement le tout premier morceau écrit et crédité collectivement aux quatre musiciens, symbolisant leur union sacrée retrouvée après l'aventure du Live Aid. Une alchimie complexe où chaque idée était, selon les mots de Freddie, "mutilée" et retravaillée collectivement jusqu'à ce qu'elle convienne à chacun, garantissant un niveau d'exigence unique. Une œuvre majeure dont l'électricité dramatique reste, elle, totalement intacte.

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